Diversification : attention à la dispersion !

Lorsque l’on commence à investir et se créer un patrimoine d’actifs, l’un des conseils de base que tout le monde prodigue est de diversifier ce patrimoine pour répartir les risques. Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier comme le dit l’adage. Mais lorsque l’on commence à s’intéresser à l’investissement, on se rend vite compte que les solutions sont nombreuses (trop nombreuses ?!) et on peut être tenté de tester un peu tout ce que l’on trouve.

Lorsque nous avons fait notre bilan annuel de patrimoine en janvier 2022 sur l’année 2021, et projeté l’année 2022, nous avons obtenu le graphe ci-dessous (format synthétique) :

La diversification de notre patrimoine
Répartition de notre patrimoine par type de support

Face à la montée croissante du pourcentage en immobilier, nous avons décidé de revoir nos objectifs financiers. Très vite, il s’est avéré que ce que nous souhaitions, c’était nous diversifier dans de nouveaux supports afin d’être moins soumis aux aléas de la part immobilière.

Sur le papier, l’idée paraissait bonne. Cependant, très rapidement il nous est venu des interrogations :

Quand faut-il commencer à diversifier ses actifs ? Est-il nécessaire de diversifier un actif qui est lui-même diversifié par nature comme les SCPI ou ETF ? Quelle est la limite entre diversification et dispersion ?

Ces questions, cela fait maintenant quelque temps que nous tentons d’y répondre.

Les informations disponibles à ce sujet sont rares, peu tranchées et donc n’apportent pas de réelles réponses.

Nous vous proposons dans cet article de condenser les informations recueillies, mais également notre réflexion personnelle sur le sujet. Vous verrez ensuite dans l’étude de cas associée comment nous appliquons l’ensemble de ces informations, lesquelles nous privilégions et la raison de ces choix.

Commençons tout d’abord par les définitions des quatre éléments principaux de cet article.

Définition de la diversification et autres

Le patrimoine

Dans cet article, nous définirons le patrimoine comme l’ensemble des actifs possédés par une personne physique ou morale. Techniquement, il s’agit de l’ensemble des biens et droits possédés par cette personne et pouvant être transmis en héritage, mais nous cherchons ici à diversifier nos actifs dans le but de nous constituer un patrimoine d’actifs, peu importe les biens possédés en parallèle s’ils ne sont pas des actifs

Un actif

Ce terme a déjà été évoqué dans plusieurs de nos articles mais pour faire court un actif est un bien qui rapporte de l’argent sous forme de rente ou gain en capital.

La diversification

“La diversification est une protection contre l’ignorance. Cela n’a pas beaucoup de sens pour l’individu qui sait ce qu’il fait.”

Warren Buffett

La diversification est le fait d’investir dans plusieurs classes d’actifs afin de réduire les risques.

La diversification peut être multiple et se faire par :

  • Classe d’actif (les plus répandues étant les actions, les obligations et l’immobilier),
  • Secteur,
  • Taille d’entreprises (multinationale, Start up, etc.) ou par zone géographique différente.

Diversifier ses placements, cela consiste à miser sur différents supports présentant chacun des intérêts et des fonctionnements différents, en adéquation avec vos objectifs financiers.

Si l’on veut aller plus loin, on peut se pencher sur les quatre principaux types de diversification à savoir :

  • Horizontale : on reste dans le même domaine, mais on multiplie les produits. Il pourrait s’agit par exemple en bourse de diversifier son portefeuille sur plusieurs sociétés.  
  • Verticale : on intègre les étapes liées à notre produit et qui sont sous-traitées à ce jour. C’est plus délicat à mettre en place côté investisseur. Il s’agit d’un élément plus dédié aux sociétés, mais nous pourrions envisager, pour une personne qui est dans l’investissement locatif, de prendre l’étape en amont, c’est-à-dire prêter l’argent aux acheteurs ou encore aux constructeurs. Ou en aval, investir dans une société de gestion immobilière ou encore de maintenance en bâtiment.  
  • Concentrique : il s’agit d’une diversification progressive qui tend à élargir sa gamme produit en partant des compétences déjà maîtrisées. Par exemple, un investisseur en immobilier spécialisé dans l’achat d’appartements pourrait acheter un immeuble d’appartements, puis par la suite passer aux maisons individuelles, etc… Il s’éloigne petit à petit de sa spécialisation initiale tout en se basant sur ses compétences qui sont transverses à ces différents investissements.
  • Conglomérée : si votre diversification n’est pas dans l’un des trois cas ci-dessus, alors elle se trouve dans cette catégorie qui regroupe globalement l’ensemble des autres possibilités. Ici, plus besoin de lien avec le produit initial, on peut donc passer du coq à l’âne. Cela pourrait se traduire par le fait de passer de l’immobilier à la bourse en passant par l’investissement sur le marché de l’art.

La dispersion

Le Larousse nous dit :

  1. Action d’éparpiller, de s’éparpiller, fait d’être éparpillé, divisé
  2. Action de disperser, de fragmenter ses efforts, ses activités, son attention, etc ; éparpillement : vous voulez faire trop de choses à la fois, évitez la dispersion

Bon… Les définitions du dictionnaire ne sont pas toujours très limpides… Mais pour le coup, la dernière phrase de cette définition est le sujet même de cet article.

Pourquoi diversifier son patrimoine d’actifs ?

Après ces quelques définitions, voyons ici pourquoi il faudrait diversifier son patrimoine d’actif. Nous avons bien dit « faudrait », non pas pour porter un jugement sur le fait de devoir ou non le faire, car la réponse est assez claire à ce sujet : il faut le faire. Mais encore faut-il en avoir la possibilité financière de le faire.

Limiter le risque

Il est conseillé de diversifier ses actifs afin de limiter le risque de perdre tout son capital. En effet, si vous investissez votre argent,vous pouvez potentiellement le perdre. Ce risque peut être lié à plusieurs facteurs :

  • Immobilier locatif : vous ne trouvez pas de locataire ou votre locataire ne paye pas. Ou encore une crise immobilière qui dévalorise la valeur de revente. Ou même une autoroute ou une ligne LGV qui se construit proche de votre investissement et c’est la décote assurée…  
  • Bourse : les risques liés à la bourse sont inhérents à son fonctionnement. La volatilité des valeurs est un risque en soi surtout pour les personnes non-initiées. Il existe également le risque d’une crise boursière.
  • Crowdlending: le risque ici est que la personne ou l’entité à qui vous avez prêté votre argent soit en incapacité de vous rembourser 
  • Etc

Nous ne ferons pas toute la liste mais chaque investissement a un risque. S’il n’en a pas, c’est qu’il n’est pas rentable (exemple PEL, Livret A, …). Il est important de noter que le risque est totalement en corrélation avec le gain potentiel.

Limiter la volatilité

Vous diversifier permet de dégager des rendements globaux moins volatils. Cela signifie que les gains que vous réalisez grâce aux placements affichant un bon rendement vont vous permettre de compenser les pertes liées au mauvais rendement des autres placements.

Cette notion se retrouve dans les supports diversifiés par nature. Les plus connus sont les SCPI et les ETF, mais il en existe d’autres comme les GFI que nous affectionnons à titre personnel. Leur contenu en fait des investissements diversifiés. Par exemple, dans une SCPI, vous n’achetez pas un appartement, mais un pourcentage d’un parc conséquent. Ainsi, vous n’êtes plus soumis à un loyer mais à l’ensemble des loyers perçus. De cette manière, il est peu probable que du jour au lendemain la totalité des locataires ne paye plus leur loyer. Ainsi, les bons payeurs compensent les bâtiments vides et les mauvais payeurs. Mais le gain en retour sera plus faible qu’un équivalent en investissement locatif quand tout va bien.

Comment diversifier ses actifs ?

Nous avons donc conclu qu’il faudrait diversifier ses actifs. Dans l’hypothèse où l’on est en capacité financière de le faire, comment s’y prendre ?

Ici, il faut prendre en compte deux paramètres principaux :

  • Le plus important est la vision que vous avez de votre patrimoine afin qu’il réponde à ce pour quoi vous le constituez. Ainsi, vous devez définir vos objectifs et les supports associés (court, moyen, long terme, risqué ou pas…) qui vous aideront à les atteindre. En effet, un patrimoine doit vous correspondre et est en corrélation avec vos objectifs et votre vision de la vie. C’est un point important qui justifie que chacun à la fin suivra sa propre voie en terme d’investissement.

Le nom du blog vient de cette idée basée sur le fait que nous essayons de faire des articles objectifs afin d’influencer vos choix le moins possible tout en vous guidant. A contrario, les études de cas sont subjectives car basées en majorité sur notre expérience afin de pouvoir mettre des chiffres ou des idées en face des concepts.

  • Le second est à rapprocher de la définition de la diversification. Comme présenté ci-dessus, il existe plusieurs types de diversifications. Les quatre cités ne sont que les plus couramment présentés dans le monde de l’entreprise. Vous allez donc devoir choisir un mode de diversification afin de vous guider dans votre démarche. Pour cela, il faut prendre en compte l’investissement personnel que vous souhaitez mettre dans votre diversification.

Pour être plus clair, les diversifications horizontale ou concentrique sont celles qui demandent le moins d’effort d’apprentissage, car vous pouvez vous appuyer en quasi-totalité sur les acquis de votre investissement de référence.

A contrario, les diversifications verticale ou conglomérée vont vous demander quasiment de repartir de zéro dans le nouveau domaine visé, qu’il soit en lien ou non avec votre investissement de référence.

Il est également important de noter qu’une diversification peut se faire à l’intérieur d’un même support notamment pour le crowlending. Plutôt que de mettre 100% sur un projet, n’hésitez pas à mettre 10% dans 10 projets en diversifiant les thématiques par exemple ou encore sur la même thématique en diversifiant le risque.

Il est bien sûr possible de cumuler plusieurs méthodes de diversification, mais attention à prendre le temps de bien vous renseigner et vous former pour chaque support que vous sélectionnerez. Nous vous conseillons de sélectionner des supports sur lesquels vous vous sentez à l’aise, dont vous maîtrisez le fonctionnement.

Enfin, vous pouvez investir dans des placements qui ont tendance à évoluer différemment les uns des autres, cela limitera les risques.

Attention, diversification ne veut pas dire dispersion !

Nous l’avons vu, il est important de diversifier ses actifs à partir du moment où vous êtes en capacité de le faire. Ainsi, nous vous recommandons de diversifier vos investissements en misant sur des types de placements différents (actions, obligations, livrets bancaires, immobilier…), mais aussi autant que possible sur différents secteurs d’activité ou encore différents secteurs géographiques et différentes devises de placement en ce qui concerne les produits boursiers, pour limiter les risques.

Pour autant, attention à bien faire la distinction entre diversification et éparpillement. Évitez de multiplier à outrance les placements : si détenir trop peu de placements différents augmente les risques de pertes, en détenir trop peut rendre leur gestion très difficile. Diversifier ses investissements, c’est trouver le juste milieu sur tous les plans !

Il est important de se rappeler qu’avant de se lancer sur tel ou tel placement, il est bon de se former. Vous devez prendre conscience qu’à partir du moment où vous décidez de vous diversifier vous allez devoir vous investir personnellement et prendre du temps afin de vous renseigner. Moralement cela peut être épuisant, surtout que chaque nouveau support apporte son mode de gestion, ses difficultés, ses risques, etc. Il faut un certain temps avant de pouvoir maîtriser l’ensemble de ces éléments et ainsi dormir de nouveau sur ses deux oreilles.

Enfin, si vous êtes ici, c’est probablement que vous n’êtes pas investisseur de métier. Il est même probable que le but de votre investissement soit de gagner du temps libre. Il devient alors contre productif de dépenser du temps et de l’énergie dans un support où vous ne comptez mettre qu’une somme ridicule seulement pour vous diversifier. Dans ce cas, il reste préférable de concentrer son énergie sur peu de supports, mais que ces supports soient eux-mêmes suffisamment diversifiés pour lisser les risques. Les solutions sont nombreuses et même si les ETF et les SCPI sortent du lot, l’achat d’un immeuble locatif est un support diversifié car il lisse le remboursement d’un prêt sur plusieurs locataires.

Conclusion

La diversification est un élément à prendre en compte dès lors que vous commencez à investir. Surtout si vous n’êtes pas un professionnel de la finance, elle permet de limiter les risques de perte en capital. Cependant, il est important de prendre conscience qu’avant de vous diversifier, vous devez vous renseigner sur tout ce qui touche au nouveau support que vous envisagez. Car si pour Warren Buffet “la diversification est une protection contre l’ignorance”, elle suppose tout de même un investissement personnel qui peut être conséquent. Demandez-vous si cette diversification ne va pas vous faire perdre plus de temps et donc d’argent, que ce qu’elle pourrait vous rapporter.

Et vous, plutôt pour la diversification ? Dites-nous dans les commentaires quel type de diversification vous pratiquez.

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7 réactions sur “ Diversification : attention à la dispersion ! ”

  1. Julien BIVI Réponse

    Je partage entièrement votre vision concernant la diversification. A mon sens, avant toute chose, il faut avoir une stratégie d’investissement claire. Et ensuite, il ne faut pas chercher l’investissement parfait avec lequel on peut gagner le jackpot ou bien tout perdre. Il vaut mieux viser 3 ou 4 titres en bourse, ou bien 2 ETF, investir un petit peu dans l’immobilier via un ETF et de la SCPI que de partir dans tous les sens. Le principal c’est d’équilibrer ses portefeuilles et de ne pas tout investir sur un actif.
    Il faut aussi prendre en compte l’attitude des gens face au risque. Certains le tolèrent bien et diversifient ce qu’il faut alors que d’autres vont trop diversifier pour limiter le risque et finalement ils se perdent dans leurs investissements.
    Je trouve votre vision très intéressante.

    • Fabien et Isabelle Auteur ArticleRéponse

      Bonjour Julien,
      Merci pour votre commentaire et l’analyse de notre article. Vous verrez dans notre étude de cas qu’il y a quand même une différence entre la théorie et la pratique. Cela vient du fait que nous avons commencé sur des conseils plus ou moins pertinents de la part de notre banque ; nous avons notamment nos PEL que nous ne pouvons clore avant 2024. Et vous, qu’elle est votre stratégie d’investissement pour ne pas vous disperser dans toutes ces possibilités toutes plus intéressantes les unes que les autres?
      Encore merci et bonne journée,

      • Julien BIVI Réponse

        Bonjour Fabien et Isabelle,
        J’ai une stratégie qui est assez diversifiée. J’ai de la SCPI en direct, une assurance vie sur laquelle j’investis sur des fonds structurés, j’ai aussi une part en crowfunding immobilier et un peu en fond euro. Je trouve que mes investissements sont diversifiés et bien équilibrés car j’ai investi à peu près la même somme dans chaque type d’investissement à part sur le fond euro où j’ai moins. J’ai également un PEL avec peu dessus. Je le garde ainsi jusqu’à ses 10 ans et ensuite je l’investirai en bourse. Je souhaite réduire le fond euro pour me faire un portefeuille d’ETF et un portefeuille d’actions. Dans l’ensemble mes investissements sont diversifiés mais cadrés car je n’investis pas dans plus de 3 valeurs. Par exemples je tourne sur deux fonds structurés voire 3 mais pas plus.
        Ma stratégie évoluera sans doute dans le temps pour augmenter mes sources de revenus. Cependant je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fait qu’il ne faut pas se « perdre » dans une diversification excessive.

        • Fabien et Isabelle Auteur ArticleRéponse

          Bonjour Julien,
          Merci pour votre retour et votre partage. Cela donne une vision structurée de ce que l’on peut atteindre avec une bonne organisation.
          Pour notre part, comme vous le verrez dans l’étude de cas associée, nous devons dans un premier temps finir de structurer nos SCPI pour augmenter nos revenus et ainsi pouvoir investir sur de nouveaux supports.
          Quand vous dites que vous n’investissez pas dans plus de 3 valeurs, vous voulez dire en même temps ? Et donc vous changez de temps en temps ces trois valeurs pour faire monter le tout en parallèle ? C’est une approche intéressante que nous n’avons pas encore creusée à ce jour, mais cela mériterait réflexion. Nous suivrons vos contenus avec intérêt ! Bonne continuation et merci encore pour le partage

  2. Ping Diversification ou dispersion ? Étude de cas #7 - La voie des finances

  3. Julien BIVI Réponse

    Bonjour Fabien et Isabelle,
    C’est exactement cela. Je n’investis pas dans plus de trois valeurs en même temps. Par exemple, sur mon assurance vie, j’avais deux fonds structurés qui tournaient en même temps. Ils se sont clôturés. En attendant je suis sur fond euro et SC et lorsqu’un prochain fond structuré sortira (et qu’il remplira mes conditions), je basculerai mon fond euro dessus. Puis lorsqu’un autre sortira (et s’il me convient), je basculerai ma SC dessus. Ce fonctionnement me permet de faire tourner mes fonds, de sécuriser les intérêts et de les réinvestir.
    Les fonds structurés ont une durée définie. De plus, je sélectionne des fonds qui ont des critères qui font qu’ils clôturent rapidement. Cela me permet de faire tourner mes fonds tous les ans à 2 ans environ.

  4. Ping Nos SCPI - Etude de cas #8 - La voie des finances

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